La question de la formation

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La question de la formation

Message par Admin le Dim 20 Oct - 11:47

Il y a une scène savoureuse dans le film « Les choristes », dont l’action se passe en 1948. Un psychiatre emmène dans l’institution un jeune qu’il veut sortir de l’enfermement psychiatrique. François Dorléans joue le rôle du directeur de l’établissement. Il est filmé à un moment en plan serré et ses yeux partent en hauteur pendant que parle le psychiatre. Un signe certain qu’il ne comprend rien au discours du spécialiste. Faute de formation.

La montée en professionnalisation de notre secteur, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, nécessite corollairement une montée en formation des acteurs de terrain : travailleurs sociaux, paramédicaux, cadres, etc… Où en est la question de la formation des acteurs sociaux en ce 21° siècle, près de 70 ans depuis que la Solidarité est devenu l’affaire de la Nation et s’est substituée, selon le vœu du Conseil National de la Libération, à la charité de quelques-uns ?

Se pose tout d’abord la question du nombre de personnel formé. Sauf pour les assistants de service social, dont le métier est règlementé (nul ne peut l’exercer s’il ne possède pas le titre), on retrouve donc des acteurs sociaux encadrant des personnes vulnérables sans en posséder le tire : en moyenne les établissements accueillant ce type de public possèdent 30 % de faisant-fonction, c’est-à-dire de non-diplômés. C’est sans compter non plus sur le nombre de personnes étant sous-diplômés, puisque, restriction budgétaire oblige, des Aides-Médico Pédagogiques et des Moniteurs-Educateurs ont les mêmes fiches de poste désormais que des Educateurs Spécialisés. Cela pose aussi le problème de la Validation des Acquis Professionnels qui est une arme à double tranchant : elle permet à la fois d’obtenir un diplôme sans passer par la case formation pour des personnels ayant par l’ancienneté bien maîtrisé leur poste et pour d’autres de leur offrir un titre « au rabais » sans le bénéfice de tous les apports d’une formation longue (2 ou 3 ans) en présentiel.

Un paradoxe, alors que le secteur manque de diplômés, les détenteurs de l’ex- BEP Carrières Sanitaires et Sociales, comme actuellement ceux du bac pro Accompagnement, Soins et Services à la Personne, ne sont pas directement employables, malgré leurs 2 et 3 ans de formation respectives, et doivent entrer en centre de formation pour obtenir l’un ou l’autre des titres reconnus du secteur, tout en passant pour certains en plus par une classe préparatoire aux épreuves d’admission. Cherchez l’erreur.

La formation a évolué dans son contenu depuis des réformes intervenues durant les années 2004 à 2009. Auparavant la formation, essentiellement celle des niveaux III (ASS, EJE, ES, ETS, CESF)  était surtout centrée sur des enseignements disciplinaires. Leur portée était limitée pour une formation professionnelle : par exemple, comprendre comment sociologiquement la famille a évolué au cours de l’histoire et comment psycho-socialement fonctionne un petit groupe expliquait peut-être les dysfonctionnements familiaux possibles, mais ne disait pas comment le travailleur social peut intervenir auprès de ces familles pour exercer une correction de son fonctionnement. Désormais, la formation est basée sur des compétences à acquérir et situe donc bien les outils d’intervention que devraient recevoir les futurs travailleurs sociaux. Reste à savoir si des formateurs, souvent coupés du terrain depuis des années, sont en désir et en mesure de changer de cadre conceptuel pour passer de l’entrée disciplinaire à celle par compétences.

La formation est basée sur l’alternance. Les terrains de stage devraient être tous des lieux qualifiants participant, y compris par la notation, à la formation. Sauf que, dans les faits, il existe un vrai abus de langage, car rares, très rares, sont les lieux de stage ayant adopté une charte d’accueil des stagiaires, formé les tuteurs au métier de formateur terrain ou encore contractualisé pédagogiquement avec les centres de formations sur la qualité de la prestation à offrir aux stagiaires… La tendance serait plutôt, vu le contexte économique, à utiliser les stagiaires comme des bouche-trous destinés à remplacer des personnels manquants. Sans compter bien sûr, tous les problèmes de gratification des stages que la loi oblige pourtant pour les stages de plus de 2 mois, mais pour lesquels n’existent aucune ligne de crédit. De manière pratique, pour les étudiants en travail social, la course aux stages constitue un vrai parcours du combattant, tellement ces lieux se raréfient.

Autre point : la formation continue qui est bien malmenée. En effet, les crédits servent plutôt à qualifier les faisant-fonction et ils ne restent donc que peu d’argent pour financer les formations courtes, garantes pourtant de la formation tout au long de la vie et de l’adaptation à des situations socio-éducatives pourtant de plus en plus pointues.

Et dernier point : la question du Travail Social en tant que discipline intellectuelle. Dans d’autres pays, le Travail Social est considéré comme une discipline à part entière, ce qui permet de délivrer des doctorats en la matière, ce  qui favorise la recherche produite dans le secteur. Malgré l’injonction de l’Union Européenne à faire entrer aussi les diplômes professionnels dans la logique LMD (Licence /Master/Doctorat), la France reste rétive. Une conférence de consensus à juste pu reconnaître la création de deux doctorats en Travail Social, mais devant cependant s’adosser à des chaires disciplinaires.
Un domaine de la formation, au sein du secteur du Travail Social, qui pourrait être un des principaux outils de la qualification des professionnels, s’il parvenait à dépasser les difficultés qui l’assaillent.



 
² N’oublions pas non plus qu’actuellement les formations en 3 ans après le bac de notre secteur ne sont pas reconnues au niveau licence (bac + 3), mais à bac + 2. Cela permet à la fonction publique d’Etat et aux collectivités territoriales de ne pas classer les travailleurs sociaux qu’ils embauchent comme des fonctionnaires de catégorie A et donc de ne pas revaloriser leur grille de salaire.

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